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    Voyage dans le temps

    Pour information, voici un article tiré du journal local L'Eclair Comtois du 23 avril 1919, qui nous renseigne entre autres sur les difficultés rencontrées par la Compagnie du funiculaire.

    TRIBUNE PUBLIQUE

    Lettre ouverte à M. le Maire et à Messieurs les Membres du Conseil Municipal de Besançon.

    On nous communique la lettre suivante que nous insérons à titre documentaire, les personnes visées gardant naturellement le droit de réponse.

    Messieurs,
    C'est de la discussion que jaillit la lumière. J'ai assisté à la séance du Conseil Municipal du 15 avril.
    Lorsque la question du funiculaire a été abordée, j'aurais pu fournir toutes les explications utiles si on me les avait demandées.
    Comme toujours, par une tactique personnelle, un seul conseiller municipal, ayant fait partie de notre administration, chercher à "opérer" notre compagnie en tâchant de lui enlever le plus d'éléments possible, ce qui produirait une diminution de nos recettes et une augmentation de nos frais généraux.
    On veut imposer à notre Compagnie un service ininterrompu de quatorze heures par jour, que le personnel n'acceptera pas. Il faudrait alors deux équipes: celle existante actuellement et une deuxième à recruter, qui n'aura que six heures de travail par jour, malgré le roulement.
    Cette obligation entraînerait la Compagnie à une augmentation si sensible de ses frais généraux, déjà si élevés qu'elle ne pourrait la supporter, étant donné le peu de recettes, surtout en hiver. En effet, pendant au moins six mois de l'année, ses recettes sont très inférieures aux dépenses, et ce n'est qu'en bonne saison que les recettes permettent de compenser le déficit subi pendant la période de mauvais temps.
    Sans examiner à fond la question de savoir si l'obligation de quatorze heures de trafic nécessiterait pour la Compagnie un personnel double, nous pouvons affirmer que cette obligation n'a pas plus d'utilité pour le public que pour nous. Nous avons la prétention de connaître le service d'exploitation du Funiculaire par une expérience de plus de cinq années. Toutes les questions de transport ont été étudiées et le service, organisé comme il l'est actuellement est bien suffisant. Il n'y a sur le plateau qu'un nombre restreint d'habitants travaillant en ville. D'autre part, les promeneurs n'arrivent que vers deux heures.
    Le service des Ponts et Chaussées, dont dépend le Funiculaire et les tramways n'a jamais exigé le trafic, pour nous, de midi à une heure. En 1913 et 1914, nous avons marché entre midi et une heure, et neuf fois sur dix, nous n'avions pas de voyageurs.
    La Compagnie a tout intérêt à transporter le plus de voyageurs possible. Ce n'est donc pas par parti pris qu'elle ne peut accepter un service de quatorze heures sans interruption, mais elle s'élève contre des exigences que rien ne justifient et obligent la Compagnie à des frais très élevés d'employés supplémentaires, surtout actuellement.
    Si vous mainteniez vos exigences et que nous les acceptions, vous feriez tout simplement tomber l'entreprise, et cela dans quel but? Une autre compagnie ne réussirait pas mieux, elle se trouverait en face des mêmes difficultés.
    Si l'on nous enlève la subvention dont une partie déjà nous a été supprimée, et, bien que nous en profitions pas actuellement de l'augmentation des tarifs mis en vigueur par toutes les compagnies de transports, sans distinction, nous créerons néanmoins des carnets de tickets à prix réduit, rabais que nous aurions consenti pour le Préventorium, et ce, par le seul fait de l'obstruciton systématique pratiquée toujours par le même conseiller, la Compagnie ne voulant pas passer sous ses fourches caudines.
    La Municipalité nous menace de nous supprimer aussi la subvention si nous n'accordons pas 50% de rabais sur ces carnets à prix réduits au profit du Préventorium. Pourquoi les honorables membres de cette administration ne se sont-ils pas adressés directement à notre Compagnie au lieu de faire exercer une pression sur le Conseil Municipal qui, du reste, n'a pas à intervenir dans cette question.
    Alors qu'on cherche à nous supprimer une modique subvention annuelle de 1200 francs, on n'hésite pas à en voter une de 15000 pour une construction qui ne rendra pas à la population les services que rend le Funiculaire. La Compagnie n'a reculé devant aucun sacrifice pour assurer le bon fonctionnement de l'entreprise, malgré ses faibles ressources, sur l'initiative de son Président, elle a fait l'acquisition d'un moteur, d'un câble et d'un induit, ce nouveau matériel est destiné à remplacer celui en service, en cas d'avarie ou de réparation et éviter ainsi l'interruption du trafic.
    Il semble qu'à Besançon, loin de favoriser l'initiative privée, on l'enraye par tous les moyens possibles. Veuillez agréer, etc.

    Pour le Conseil d'Administration
    Emile PICARD