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Le démontage du funiculaire signifie-t-il sa disparition définitive?

Article extrait de L'EST Républicain du 06/01/1988.

La réparation du funiculaire, arrêté depuis le 27 mai, est estimée trop coûteuse pour être entreprise cette année. Pour que les deux cabines ne deviennent pas la proie des vandales ou des squatters, la ville les a fait démonter hier matin. Impossible de dire pour l'heure si la réparation aura lieu un jour ou si le bon vieux "funi de Bregille" a achevé, hier, à 10h52, son ultime voyage.

Arrêté du 10 mars au 22 avril dernier pour permettre la remise à neuf du ballast et le renivellement des 385 mètres de voie, le funiculaire a cessé de fonctionner le 27 mai 1987.

Blocage inopiné des freins
"Les dispositifs de sécurité bloquaient de plus en plus souvent le mécanisme à la suite d'une usure qui s'était accentuée très rapidement", explique Roger Chatot, le régisseur.
Le funiculaire est dirigé sur le rail par des roues à deux flasques. Ceux-ci se sont usés par frottement au point de devenir très minces. Ils risquaient de casser et donc de provoquer un déraillement.
De surcroît, les roues subissaient un énorme battement latéral qui provoquait, au moindre cahot, un déclenchement du système de sécurité et le blocage inopiné des engins, notamment lors de leur croisement à la "demi-lune".
Parmi toutes les entreprises spécialisées consultées sur le prix de la réparation, une seule a répondu: celle qui a construit le funiculaire en 1911. "Il en coûterait un million et demi de francs" pour réusiner les roues, changer les rails, revoir le système de freinage..."

La concurrence des bus
Le jeu en vaut-il la chandelle compte tenu du faible nombre de voyageurs qui l'empruntaient? La navette, qui transportait encore 90.000 voyageurs dans les années 60, n'en accueillait plus que 50.000 en 1977 et 25.048 en 1986. Elle subissait de plein fouet la concurrence des bus!
"C'était, pour la plupart, des habitués. En semaine, sur trente clients, il y en avait bien vingt d'atitrés: personnes âgées, pensionnaires des Salins de Bregille", raconte André Lambert. EMbauché voici cinq ans pour piloter la machine, cet employé municipal, qui bénéficiait, hier, d'un jour de congé, n'aurait raté pour rien au monde le spectacle du démontage.

L'ultime voyage
Il était un petit peu ému. Sans doute a-t-il, comme M.Chatot, ressenti un pincement au coeur lorsque la grue des établissements Greset a soulevé, hier, comme fétu de paille, la première cabine en bois, désaccouplée, l'instant d'avant, de son châssis métallique par les ouvriers du service mécanique.
Une fois l'habitacle posé sur un camion de la ville, garé près de la station inférieure, Daniel Bailly est monté par le Sentier de l'Aiguille à la station du dessus pour se mettre aux commandes de la seconde machine.
L'ultime descente, il l'a effectuée sous l'oeil attentif de Louis Binet, chargé, à la station de contrôle, de jouer du rhéostat inverseur de marche et des divers freins, tout en surveillant le compteur de vitesse (étalonné en mètres-minute) et le "navigateur", accroché au mur, qui indique la position des wagons par rapport à la station supérieure.
Pour ce dernier voyage, avaient également pris place, à bord, un autre employé chargé d'actionner éventuellement le frein de secours, deus photographes de la ville et deux journalistes de "L'Est Républicain"...
Tous avaient le sentiment de vivre un grand moment... Amoureux de leur ville, ils ont éprouvé comme un arrachement lorsque la grue a soulevé la seconde cabine, entrée en gare à 10h52.
En perdant son "funi", Besançon venait de perdre un de ses atouts touristiques.
Les deux wagons connaîtront-ils une résurrection? Leur transfert dans garage de Montrapon n'est-il qu'un discret enterrement de seconde classe?
Impossible de savoir si la municipalité décidera un jour de remettre en état une installation qui aurait sans doute mérité d'être classée "monument historique".
A moins que les Bisontins et tous les amoureux du vieux Besançon ne se mobilisent massivement pour exiger de leurs élus un sauvetage rapide.
Guy JACQUEMAIN

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